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LE PRÉSIDENT DU CONSEIL MILITAIRE DE TRANSITION SOLLICITE L'APPUI DE L'UNION AFRICAINE POUR MENER A TERME LA TRANSITION

Discours du président du conseil militaire de transition a l'occasion de la 16 ème session extraordinaire de la conférence des chefs d'État et de gouvernement de l'Union Africaine.

LE PRÉSIDENT DU CONSEIL MILITAIRE DE TRANSITION SOLLICITE L'APPUI DE L'UNION AFRICAINE POUR MENER A TERME LA TRANSITION
Mahamat Idriss Deby Itno

DÉCLARATION DE S.E LE GÉNÉRAL MAHAMAT IDRISS DEBY, PRESIDENT DU CONSEIL MILITAIRE DE TRANSITION, PRÉSIDENT DE LA REPUBLIQUE DU TCHAD, CHEF DE L’ÉTAT A LA 16ème SESSION EXTRAORDINAIRE DE LA CONFÉRENCE DES CHEFS D’ÉTAT ET DE GOUVERNEMENT DE L’UNION AFRICAINE SUR LE TERRORISME ET LES CHANGEMENTS INCONSTITUTIONNELS.

 

 

- Excellence Monsieur João Lourenço, Président de la République d’Angola, Vice-Président de l’Union Africaine, Président de séance ;

- Excellences Mesdames et Messieurs les Chefs d’État, de Gouvernement et de délégation ;

- Monsieur le Président de la Commission de l’Union Africaine ;

- Mesdames et Messieurs,

Le Tchad se félicite de la tenue de ce Sommet extraordinaire consacré à l’examen de la menace terroriste et de ses graves conséquences sur notre continent.

Le terrorisme constitue de nos jours un des défis majeurs qui met en péril nos États et exige une réponse urgente et concertée à l’échelle continentale, voire mondiale.

La gravité de la situation sécuritaire qui prévaut aujourd’hui au Sahel et autour de mon pays, le Tchad, a pour principale cause l’expansion du terrorisme et les trafics illicites en tous genres y liés, notamment la circulation des armes de tous calibres, des munitions et de la drogue.

Comme nous le savons tous, la déstabilisation généralisée du Sahel est la conséquence directe de la crise libyenne. Et le Sud de la Libye, devenu une zone de non-droit, sert encore et toujours, de repaire de djihadistes et de bandes criminelles.

Feu Président Idriss Déby Itno (paix à son âme), fut le premier à alerter sur les risques d’une vaste déstabilisation du Sahel. Il n’a pas manqué de souligner, à toutes les occasions, l’urgence d’une solution à la crise libyenne pour stabiliser le Sahel.

Les États du Sahel et du bassin du Lac-Tchad, affectés par le terrorisme, consacre chacun, entre 18 à 32% de son budget à l’effort sécuritaire au détriment des secteurs clés, comme la santé, l’éducation, l’eau potable, l’agriculture, l’élevage, les infrastructures, l’énergie, etc.

Les conséquences des attaques terroristes sont immenses : des milliers de vies humaines emportées tant parmi les soldats engagés sur le terrain que les populations civiles, victimes des massacres les plus cruels et des déplacements forcés à grande échelle.

La mutualisation de nos moyens et de nos énergies dans le cadre de la Force multinationale mixte du Bassin du Lac-Tchad, et de la Force conjointe du G-5 Sahel, a permis d’atténuer l’ampleur du péril, mais la menace est loin d’être maitrisée ou éradiquée.

 

Au contraire, ces groupes sont toujours actifs et déterminés, plus que jamais, à étendre leur champ d’action hors du Sahel. La multiplication des attaques terroristes contre les pays côtiers comme le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Togo, en est une parfaite illustration. Ces groupes font aussi des ravages énormes loin du Sahel, notamment dans la Corne de l’Afrique, au Mozambique et en RDC.  

Face à cette guerre asymétrique qui ne connaît pas de frontière, une mobilisation urgente et conséquente de tous nos États est un impératif. A cet égard, il importe de mettre l’accent sur la mise en place d’une nouvelle stratégie plus adaptée au contexte pour relever ce défi.

Excellences,

Mesdames, Messieurs,

Plusieurs Sommets du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine ont été consacrés au terrorisme et d’importantes décisions y relatives ont été adoptées.

Cette menace a fait aussi l’objet des discussions approfondies lors des Sommets ordinaires de l’Union Africaine.

Cependant, la quasi-totalité des initiatives et mécanismes conçus n’ont pas été mis en œuvre. C’est le cas, entre autres par exemple, de l’opérationnalisation d’un fonds spécial de lutte contre le terrorisme ou de la création d’une liste africaine des personnes, groupes et entités impliqués dans des activités terroristes ou encore de l’établissement d’un mandat d’arrêt africain.

Les groupes terroristes sont bien entrainés, organisés, équipés et renseignés pour mettre en difficultés nos armées régulières, comme le prouvent leurs modes opératoires sophistiqués et leurs capacités de frappe des garnisons bien protégées. Nous devons nous interroger légitimement sur la source de leurs moyens d’actions et les facilités avec lesquelles ils opèrent.

Il est évident que les stratégies militaires mises en œuvre jusque-là et les mécanismes de prévention, d’action et de coopération aux niveaux sous-régional et continental ont montré leurs limites.

C’est pourquoi, au-delà de la déclaration dont l’adoption est prévue au cours de ce Sommet, il nous paraît urgent de procéder à une évaluation objective du terrorisme dans toutes ses dimensions en vue de définir une approche holistique de riposte collective.

A cet égard, l’accent doit être mis sur de nouvelles formes de mobilisation des ressources internes tant au niveau des communautés économiques régionales qu’à celui du continent pour mieux soutenir les efforts des pays affectés. Sans une solidarité agissante et une complémentarité entre nos États, il sera difficile, voire impossible de vaincre le terrorisme.

Dans le même élan, une profonde réflexion doit être menée sur le renforcement de la coopération à tous les niveaux en matière d’échange de renseignement et d’entraide-aide judiciaire avec un mandat d’arrêt unique contre les auteurs et complices d’actes terroristes.

Aussi, pour plus d’efficacité dans l’action, la lutte contre le terrorisme doit-elle intégrer les dimensions liées au développement économique, à l’accès des populations aux services de base, au changement climatique et aux enjeux de la problématique de l’emploi des jeunes.

Offrir des perspectives à la jeunesse, qui représente plus de 65% de la population africaine, est le meilleur moyen pour contrecarrer l’expansion du terrorisme qui prospère sur le terreau de la pauvreté et du chômage des jeunes qui sont des proies faciles pour les extrémistes.

Pour conclure sur le terrorisme, je dois dire que notre engagement commun doit être plus cohérent et adapté au contexte de nos réalités. Cet engagement doit reposer sur notre capacité à mobiliser des ressources propres et pérennes, ainsi que sur des solutions endogènes prenant en compte les causes profondes de l’expansion du terrorisme, y compris le règlement rapide de la crise libyenne. A cela il convient d’ajouter l’urgence de la mise en place d’un mécanisme permanent de suivi/évaluation dans la mise en œuvre des décisions prises et de coordination de nos efforts de riposte.

 Excellences,

Mesdames, Messieurs,

Au regard de la thématique de présentes assises, il me paraît important de vous entretenir brièvement sur la situation exceptionnelle dans laquelle le Tchad a été brusquement plongé, suite à la disparition tragique et brutale de l’ancien Président, feu IDRISS DÉBY ITNO.

Entre les 11 et 29 avril 2021, le Tchad a fait l’objet d’une agression par des assaillants lourdement armés venus d’un pays voisin.

Cette agression qui a coûté la vie à l’ancien Président, feu IDRISS DÉBY ITNO, a failli basculer le Tchad dans un chaos sans précédent, avec des risques réels d’une vaste déstabilisation dans le bassin du Lac-Tchad et le Sahel.

Suite au vide constaté à la tête de l’État, le Président et les membres du bureau de l’Assemblée Nationale ont refusé d’assumer leurs charges constitutionnelles face à la menace de l’avancée des assaillants vers la capitale.

 Devant le risque d’implosion du pays, l’armée nationale tchadienne n’a pas eu d’autre choix que de prendre ses responsabilités à travers la mise en place d’un Conseil Militaire de Transition, pour contenir l’offensive, préserver l’intégrité territoriale et assurer la continuité de l’État.

Conscient de l’impératif d’une transition politique consensuelle et apaisée, un Premier Ministre civil a été nommé, qui, à son tour, a formé un Gouvernement de large ouverture.

De même, un Conseil National de Transition, organe législatif provisoire, composé des représentants de toutes les couches sociales et des sensibilités politiques, a été mis en place.

Dans le même élan, une feuille de route de la transition a été élaborée et adoptée, à la suite des larges consultations de toutes les parties prenantes, y compris tous nos partenaires bilatéraux et multilatéraux.

Par ailleurs, pour une sortie de crise durable, à travers une véritable réconciliation nationale, un Ministère dédié à cette réconciliation a été créé pour préparer et organiser des assises nationales, appelées « Dialogue National Inclusif et Souverain», gage de paix et de stabilité durables.

Pour bien préparer la tenue de ces assises, plusieurs missions ont été dépêchées aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’étranger auprès de la diaspora, pour recueillir les contributions de tous les acteurs concernés.  

Toutes les parties prenantes, y compris les tchadiens établis à l’étranger et les mouvements de l’opposition armée, sont conviés à ce dialogue dont l’objectif est de refonder l’État sur des bases solides prenant en compte les aspirations légitimes de toutes les forces vives de la nation. 

En prélude au « Dialogue National Inclusif et Souverain», des pourparlers sont entamés à Doha au Qatar, depuis le 13 mars dernier, avec les groupes politico-militaires pour leur permettre de participer à ces assises. La tenue dudit dialogue tant attendu, mais reporté à maintes reprises, est suspendue à la conclusion de ces pourparlers.

 Certes, ces différents reports, indépendants de notre volonté, ont une incidence sur le calendrier prévu par la feuille de route, mais n’entameront en rien notre engagement à mettre celle-ci intégralement en œuvre.

 Les avancées enregistrées dans l’évolution de la transition, malgré les difficultés de parcours, sont aujourd’hui reconnues et saluées par tous, y compris nos partenaires.

 Je tiens à réaffirmer devant cette auguste assemblée notre détermination et notre ferme volonté de tenir tous nos engagements relatifs au respect de principales étapes de la Transition fixées par la feuille de route, à savoir la tenue du Dialogue National Inclusif, l’adoption par référendum d’une nouvelle Constitution et l’organisation des élections libres, transparentes et crédibles.

 Dans cette perspective, tout en réitérant nos remerciements à l’Union Africaine pour son engagement aux côtés du peuple tchadien dans cette phase extrêmement difficile de son histoire, nous comptons, aujourd’hui plus qu’hier, sur son accompagnement continu et son précieux soutien pour mener la Transition à son terme.

Pour notre part, je tiens à réaffirmer notre engagement à tout mettre en œuvre pour doter le Tchad, au terme de la Transition en cours, d’institutions démocratiques, durables et irréversibles par le biais des élections libres, transparentes et crédibles à la hauteur des attentes du peuple tchadien.

Je vous remercie de votre aimable attention.

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